Jour 45 Du fantasme au souvenir
Me promener à dos de chameau entre des dunes
blondes, sculptées au gré du vent, je vous le confesse, voilà bien un fantasme
que j'avais depuis des lustres. Et bien c'est fait. Ce fut court, mais intense,
deux jours, une nuit.
Coucher à la belle étoile, que dis-je, aux milliards
d'étoiles, le chameau en ombre chinoise découpant l'horizon, impayable! Au
rythme cadencé des pas de notre chamelier, nous avons foulé des kilomètres de
toundras, une plaine à perte de vue. Juchée sur mon Rocket, mon regard se perd dans cette
immensité aride. Je me berce, devant, derrière, devant, derrière, devant,
derrière. Je suis un balancier sans fin. Les dunes rêvées? Elles y sont, mais
une mince bande seulement, plutôt courte d'ailleurs. Mais cela, nous le savions
déjà. Notre circuit n'est pas celui réputé comme touristique.
Et voilà qu'hier, en tout début d'après-midi, le
vent s'est levé. Pas la petite brise qui jusque-là nous ventilait les naseaux.
Oh que non! Le vent, le vrai, le puissant, l'impardonnable. L'espace lui
permettant de prendre son souffle était bien disponible. Aucune barrière pour
le ralentir sauf notre petite caravane de deux chameaux et notre intrépide
chamelier qui, bien sûr, en avait vu d'autres.
Mais le vent, on connaît bien. Les bourrasques de
l'hiver qui tordent la maison de StPB et qui balayent pendant des heures les
champs qui l'entourent, ou celui qui s'engouffre le long de la rue Turnbull à
Québec... On sait quand il se lève, mais surtout pas quand il se calme. On a
donc décidé de couper court à l'aventure et de rentrer au bercail protégé de
notre hôtel de Jaisalmer.
Comme pour tous les fantasmes, la cruelle réalité
nous ramène vite sur terre. C'est dur cette vie de désert, mais ces plaines
arides restent très habitées. Omar, notre chamelier, a son cellulaire, nous
avons croisé un bon nombre d'expéditions comme la nôtre, les petits villages se
pointent régulièrement, les petits troupeaux de chèvres et de moutons broutent
un peu partout et, croyez-le ou non, le soir de notre campement, nous avons été
gratifiés de la visite d'un couple de bohémiens qui faisaient une petite
tournée de flûte et de danse.... On n'arrête pas le progrès et surtout pas
l'ingéniosité de l'offre touristique. Et finalement, preuve irrévocable de la
présence humaine, les innombrables sentiers et routes qui s'entrecroisent dans
cette vaste plaine, sans parler des plus innombrables bouteilles de pastique
vides qui polluent le décor...
Toute en beauté, toute en splendeur, toute en
émerveillement, cette expédition dans le désert du Thar? Bien sûr que non! Nous
sommes en Inde n'oubliez pas. Rien n'y est que magnificence. Toujours et sans
répit, les contrastes s'y côtoient et s'y entremêlent. Le désert n'y fait pas
exception. La magie du fantasme s'est estompée. Il n'en reste maintenant que la
cadence des souvenirs balayés par le vent fou du désert et incrustés de sable
blond.
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